Un simple devis peut faire tomber tout un dossier
Dans la rénovation énergétique, le devis n’est plus seulement un document commercial : c’est un document réglementaire à part entière.
C’est lui qui détermine si un ménage bénéficiera (ou non) d’une aide publique, et si un professionnel sera payé sans délai ou empêtré dans des semaines de relances.
Chez Ecodomio, nous passons chaque mois des milliers de devis à la loupe. Et malgré la montée en professionnalisme du secteur, certaines erreurs reviennent régulièrement.
Elles paraissent anodines, mais elles peuvent faire rejeter un dossier CEE ou MaPrimeRénov’, parfois pour un simple mot manquant.
Voici les sept fautes les plus fréquentes que nous observons dans les devis de rénovation énergétique.
1. La mention RGE absente, erronée ou incomplète
C’est la faute la plus basique, et pourtant la plus coûteuse.
L’aide publique n’est versée que si les travaux sont réalisés par une entreprise qualifiée RGE – Reconnu Garant de l’Environnement – pour la catégorie de travaux concernée.
Or, dans la réalité, beaucoup de devis mentionnent “Entreprise RGE” sans préciser le numéro de certificat Qualibat ou sans indiquer le type exact de travaux couverts.
Un artisan peut être RGE pour les chaudières, mais pas pour l’isolation ; un autre pour le photovoltaïque, mais pas pour les pompes à chaleur.
Exemple concret : un dossier MaPrimeRénov’ est refusé car l’entreprise, bien RGE, ne l’était que pour le “chauffage central” alors qu’elle proposait une “isolation de combles perdus”.
Résultat : dossier rejeté, plusieurs semaines perdues, et un client mécontent.
Le devis doit mentionner la qualification RGE exacte, son numéro et sa validité à la date de signature.
2. Les mentions légales incomplètes
Un devis sans mentions obligatoires est comme un contrat sans signature : juridiquement fragile.
La réglementation exige désormais une transparence complète : description détaillée, quantité, prix unitaire HT, montant total TTC, taux de TVA, conditions de paiement, délai de réalisation, durée de validité, et depuis 2021… la gestion des déchets de chantier.
Cette dernière mention est souvent oubliée. Pourtant, elle est régulièrement exigée : le devis doit préciser comment les déchets seront triés, transportés et traités.
Les contrôleurs de l’ANAH l’exigent et les délégataires CEE pour bon nombre également.
Dans 28 % des dossiers rejetés que nous analysons, l’absence d’une seule de ces mentions (souvent “gestion des déchets”) suffit à bloquer le versement de l’aide.
3. Les libellés techniques approximatifs
C’est un piège courant : un devis peut paraître clair à un artisan, mais rester illisible pour un instructeur administratif.
Les aides publiques reposent sur des fiches d’opérations standardisées (CEE, BAR-EN, BAT-TH…).
Chaque fiche correspond à un libellé technique précis : “isolation de combles perdus par soufflage de laine minérale” n’est pas équivalent à “isolation toiture”.
Exemple : un devis indique “isolation toiture”, alors que la fiche CEE applicable est BAR-EN-101 “isolation de combles perdus”.
L’instructeur ne trouve pas la correspondance : dossier suspendu, demande de complément, parfois rejet.
Ce travail de sémantique, autrefois artisanal, est aujourd’hui automatisé dans Ecodomio grâce à notre moteur de détection sémantique : il rapproche les expressions métiers de leurs équivalents réglementaires.
4. Des surfaces et quantités incohérentes
C’est le “red flag” classique des dossiers CEE.
Un devis qui annonce 250 m² d’isolation pour une maison de 90 m² ? Ou un montant de 1 200 € pour la pose de trois fenêtres double vitrage ?
Les algorithmes de contrôle repèrent immédiatement ce type d’incohérences.
Les instructeurs publics et privés comparent désormais les ratios surface / prix / type de matériau pour évaluer la cohérence d’un dossier.
Quand le montant ne colle pas, ils demandent un complément ou lancent un audit.
Dans une copropriété, un dossier de 18 000 € pour “isolation des murs extérieurs” a été bloqué car la surface isolée dépassait la surface de façade déclarée au cadastre.
Le devis n’était pas faux, mais la mention de surface était mal reportée : deux mois de retard à cause d’un copier-coller.
5. Des montants TTC/HT mal présentés ou mélangés avec les aides
Beaucoup d’artisans, par habitude commerciale, indiquent sur leur devis un montant “net à payer” déduit de la prime.
C’est une erreur majeure.
Le devis doit présenter le prix HT et TTC avant déduction de toute aide publique ou prime CEE.
Les aides doivent être mentionnées séparément, et non intégrées au total.
Exemple : un devis annonce “Montant total TTC après déduction de la prime CEE : 2 500 €”.
Résultat : le dossier est rejeté car le devis est considéré comme non conforme juridiquement.
La règle : les aides ne sont jamais déduites sur un devis, mais sur la facture finale, après validation du dossier.
6. Travaux engagés avant la demande d’aide
C’est une erreur administrative, mais elle reste redoutable.
Pour les dispositifs MaPrimeRénov’, aucun engagement de travaux ne doit précéder la validation de la demande.
Signer un devis ou verser un acompte avant d’avoir reçu l’accord, c’est courir le risque de tout perdre.
Nous avons vu des propriétaires signer un devis un vendredi et déposer leur demande en ligne le lundi suivant : rejet automatique, car la signature précède la demande.
Même si les travaux n’ont pas commencé, la simple signature suffit à invalider le dossier.
Cette règle, mal comprise, coûte chaque année plusieurs millions d’euros en primes non versées.
Les artisans ont tout intérêt à sensibiliser leurs clients sur cette chronologie.
7. Un devis déconnecté de l’audit énergétique
Depuis la généralisation de Mon Accompagnateur Rénov’, les dossiers de rénovation performante doivent suivre un parcours logique : audit, plan de travaux, puis devis cohérent.
Un devis isolé, non rattaché à l’audit ou au plan d’accompagnement, est aujourd’hui un signal faible de non-conformité.
Un bon devis doit donc raconter la logique énergétique du projet : il ne s’agit plus seulement de “faire des travaux”, mais de répondre à un parcours de performance cohérent avec le DPE et les préconisations de l’audit.
Comment sécuriser ses devis dès aujourd’hui
Ces erreurs ne sont pas le signe d’une négligence : elles sont le symptôme d’un système devenu extrêmement complexe.
Un artisan peut difficilement maîtriser les centaines de fiches CEE, les exigences RGE, les barèmes MaPrimeRénov’, les nouvelles mentions légales et les règles de chronologie.
Pourtant, le remède existe : fiabiliser la donnée documentaire.
Ecodomio automatise aujourd’hui ces vérifications :
-
lecture du devis via OCR et IDP,
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détection des mentions manquantes,
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vérification RGE,
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contrôle de cohérence des surfaces et montants,
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mise en correspondance sémantique avec les fiches officielles.
Résultat : des dossiers complets, conformes, et traités plus rapidement.
Les professionnels qui adoptent ce niveau de rigueur ne se contentent pas de sécuriser leurs dossiers : ils gagnent du temps, de la trésorerie et la confiance de leurs clients.